Migrations Transsahariennes vers l'Afrique du Nord et l'UE: Origines Historiques et Tendances Actuelles
By Hein de Haas Université d’Oxford
November 1, 2006
Version anglaise
L'Europe du Sud connaît bien la migration irrégulière à partir
des pays de l'Afrique du Nord comme le Maroc, l'Algérie
et la Tunisie. Depuis le début des années 1990, de milliers de
nord-africains ont tenté de traverser la Méditerranée
afin d'atteindre l'Espagne et l'Italie.
Cependant, comme les crises migratoires dans les enclaves espagnoles au Maroc
en 2005 et dans les Iles Canaries espagnoles en 2006 ont démontré,
les africains du sub-Sahara ont une tendance croissante à migrer vers
les pays de l'Afrique du Nord. Tandis que certains utilisent la région
comme un point de transit vers l'Europe, bien d'autres restent
en Afrique du Nord.
Ces migrants viennent d'une gamme de pays de plus en plus diverse, comme
le Sénégal, la Gambie, la Sierra Leone, le Libéria, le
Mali, la Côte d'Ivoire, le Ghana et le Nigeria ainsi que la République
Démocratique du Congo, le Cameroun, le Soudan, la Corne de l'Afrique
et même d'Asie.
Selon les différentes estimations, entre 65.000 et 120.000 subsahariens
entreraient le Maghreb (la Mauritanie, le Maroc, la Tunisie, l'Algérie
et la Libye) chaque année, dont on croit que 70 à 80 pourcent
migrent vers la Libye et 20 à 30 pourcent migrent vers l'Algérie
et ensuite le Maroc. Plusieurs dizaines de milliers (et non pas des centaines
de milliers, comme les reportages dans les médias semblent le suggérer)
de subsahariens tentent de traverser la Méditerranée annuellement.
Bien qu'ils soient communément dépeints comme «misérables» ou «désespérés»,
ces migrants sont en réalité souvent relativement bien éduqués
et issus des couches socio-économiques assez moyennes. Ils migrent à cause
d'un manque général d'opportunités, d'une
crainte de persécution ou de violence, ou une combinaison des deux.
Quoique les médias se concentrent sur les «boat-people»,
beaucoup d'entre eux utilisent d'autres méthodes — en
utilisant des visas touristiques et des documents falsifiés, en se cachant
dans des véhicules sur des bateaux, et en gravissant ou en nageant autour
des clôtures qui entourent les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla
au Maroc.
Ceux qui considèrent l'Afrique du Nord comme leur destination
primaire ou ceux qui échouent à entrer en Europe se joignent
des communautés d'immigrés de plus en plus nombreuses.
Selon diverses estimations, au moins 100.000 migrants subsahariens vivraient
actuellement en Mauritanie ainsi qu'en Algérie, 1 à 1,5
million vivraient en Libye, et entre 2.2 et 4 millions, principalement des
soudanais, vivraient en Egypte. La Tunisie et le Maroc abritent des communautés
d'immigrants subsahariens moins nombreuses mais croissantes.
Quoiqu'elle ait des racines historiques plus profondes, cette migration
transsaharienne a connu un accroissement substantiel dans les années
1990 en conséquence des politiques migratoires «panafricaines» menées
par la Libye en combinaison avec des guerres civiles et le déclin économique dans l'Afrique
de l'Ouest, la Corne de l'Afrique (la Somalie, l'Ethiopie
et l'Erythrée) ainsi que la République Démocratique
du Congo.
Après 2000, la répression accrue vis-à-vis des migrants
en Libye a incité un nombre croissant de migrants subsahariens à aller
vers d'autres pays maghrébins ou vers l'Europe. Les subsahariens
ont maintenant dépassé les nord-africains comme la première
catégorie de migrants irréguliers interceptée par les
gardes-frontières européens.
 |
| Les migrants voyagent par voies de terre et de mer pour arriver à leurs destinations. Cliquez ici pour voir une version plus grande de cette carte. |
Bien qu'elle ne soit pas « massive » selon les
critères absolus, cette tendance migratoire a compliqué les politiques
migratoires dans les pays nord-africains, qui refusent de se considérer
comme des destinations, ainsi que celles de l'Union Européenne
(UE), dont la collaboration avec des pays nord-africains était basée
sur l'assomption que le Maroc, la Tunisie et l'Algérie étaient
les pays d'émetteurs d'émigrés principaux.
L'ampleur croissant de l'immigration subsaharienne a énormément
augmenté le nombre des pays impliqués, a compliqué les
expulsions et a fait accroître des tensions au sein de l'Union
Européenne (UE) au sujet de la régularisation et des questions
humanitaires.
Racines historiques de la mobilité transsaharienne
Tout le long de l'histoire connue, il y avait des mobilités intensives
entre les deux côtés du Sahara à travers le commerce transsaharien
(caravanier), la conquête, le pèlerinage, et l'éducation
religieuse. Le Sahara lui-même est une gigantesque zone de transit, et
la composition ethnique diverse des oasis témoigne de cette longue histoire
de mobilité des populations.
Ce n'était qu'avec l'arrivée du colonialisme,
qui traçait des frontières où elles n'existaient
pas et qui créait les États-nations modernes, que ces mobilités
et ce commerce transsahariens se sont effondrés. Cependant, bientôt
après indépendance, on assistait à la création
des fondements du système de migration transsaharienne contemporaine.
Dans les années 1970 et 1980, la sédentarisation forcée
et volontaire des nomades, des guerres dans la zone du Sahel, ainsi que des
sécheresses provoquaient deux types de mobilités. Premièrement,
des (ex) nomades et des commerçants appauvris, comme les Touareg, commençaient à migrer
afin de travailler dans des chantiers de construction et les gisements de pétrole
dans le sud algérien et le sud libyen. Deuxièmement, avec les
guerres répétées dans la zone entière du Sahel,
des milliers des réfugiées s'installaient dans des villes
en Libye, en Algérie, en Mauritanie et en Egypte.
Cette immigration était souvent tacitement accueillie. En Algérie
et en Mauritanie, par exemple, les migrants subsahariens comblaient des manques
de main d'œuvre sectoriels et cette immigration s'ajustait également
bien à des politiques qui visaient à revitaliser des parties
sous-peuplées de ces pays.
Après la crise pétrolière de 1973, la Libye, et, dans
une certaine limite, l'Algérie, témoignaient d'une
immigration croissante d'ouvriers en provenance de leur voisins méridionaux
vers leurs arrière-pays torrides, où les gisements de pétrole
sont localisés mais où des nationaux refusent souvent de travailler.
La Libye se développait rapidement en pôle migratoire principal
de l'Afrique du Nord. Bien que la majorité des immigrants soit
egyptienne, la Libye autorisait également beaucoup de soudanais à entrer.
Cette migration antérieure ainsi que l'installation des (semi)
nomades en Libye et en Algérie aussi préparait le terrain pour
les migrations transsahariennes à plus grande échelle après
1990, car beaucoup d'ex-nomades trouvaient des nouveaux moyens d'existence
en faisant de la contrebande des marchandises et des personnes par le Sahara.
Les politiques panafricaines libyennes
L'embargo sur les armes et sur les mouvements aériens imposé à la
Libye par le Conseil de Sécurité des Nations Unies entre 1992
et 2000 a joué un rôle involontaire mais décisif dans l'accroissement
sans précédent dans les migrations transsahariennes ainsi que
la consolidation des routes et réseaux migratoires. Déçu
par un manque de soutien perçu de la part des pays-amis arabes pendant
l'embargo, le leader libyen Muammar al-Qadhafi entamait une réorientation
radicale de la politique étrangère libyenne, dans laquelle il
se positionnait comme un leader Africain.
Comme partie intégrale de cette nouvelle politique panafricaine, al-Qadhafi
commençait à encourager des populations subsahariennes à venir
travailler en Libye dans l'esprit de la solidarité panafricaine.
Une destination traditionnelle pour des migrants des pays « arabes » de
l'Afrique du Nord, la Libye ainsi devenait une destination majeure pour
des migrants provenant d'une gamme des pays de plus en plus diverse dans
l'Afrique de l'Ouest et dans la Corne d'Afrique.
Cette croissance dans l'immigration subsaharienne était aussi
partie d'une tendance plus générale vers une restructuration
et une segmentation progressive du marché du travail Libyen. Depuis
le début des années 1980, le déclin économique
provoqué par la chute du prix de pétrole ainsi que l'embargo
ont mené à des appels pour « indigèniser » la
force ouvrière libyenne. Mais, en général, les libyens
refusaient d'accepter du travail peu attractif.
Alors que, dans ce contexte, les pays du Golfe se sont de plus en plus appuyés
sur des migrants asiatiques pour le travail de main d'oeuvre, la Libye
s'est appuyée de plus en plus sur les migrants subsahariens pour
le travail lourd et de main d'oeuvre dans des secteurs comme la construction
et l'agriculture.
Guerres et déclin économique en Afrique subsaharienne
Outre la politique panafricaine de la Libye, l'instabilité accrue,
des guerres (civiles), et le déclin économique dans plusieurs
régions de l'Afrique de l'Ouest et du Centre ont aussi contribué à la
croissance de la migration transsaharienne depuis le milieu des années
1990.
La migration des réfugiés a pris de l'essor après
la chute du président Mobutu dans la République Démocratique
du Congo en 1997 et les guerres dans la région des Grands
Lacs. Ceci était supplémenté par des migrations provoquées
par des guerres civiles en Sierra Léone (1991-2001) et au Liberia (1989–1996
et 1999–2003) ainsi que par la violence systématique au Nigéria.
Des guerres répétées au Soudan et dans la Corne d'Afrique
ont stimulé des migrations vers l'Egypte et la Libye.
En plus, le début de la guerre civile en 1999 et le déclin économique
associé en Côte d'Ivoire (jusque là la destination principale
des migrants de main d'œuvre en Afrique de l'Ouest), combiné avec
un manque de destinations migratoires alternatives dans la région, ont
incité un nombre croissant de ouest-africains à migrer vers l'Afrique
du Nord.
Les réactions hostiles aux immigrants en Libye
Initialement, la plupart des migrants de travail allaient en Libye à la
recherche du travail. Cependant, le pays a connu une forte réaction
hostile aux immigrants après des confrontations violentes entre des
libyens et des ouvriers africains en 2000 ont provoqué la mort des dizaines
d'immigrés subsahariens.
Par conséquent, les autorités libyennes, en essayant de répondre
au fort ressentiment populaire contre les immigrés, ont institué un
nombre de mesures répressives. Celles-ci incluent des régulations
plus restrictives envers l'immigration, la détention prolongée
et arbitraire des immigrés dans des conditions misérables dans
des prisons et des camps, les abus physiques, et l'expulsion forcée
de dizaines de milliers d'immigrés. Entre 2003 et 2005, le gouvernement
libyen a déporté approximativement 145.000 migrants irréguliers,
en majorité vers des pays subsahariens.
Outre un accroissement de la migration irrégulière vers la Libye,
ces politiques restrictives et la répression grandissante ont mené à un
déplacement partiel des routes migratoires transsahariennes vers l'ouest
en passant par l'Algérie, le Maroc et la Tunisie. De là-bas,
un nombre croissant d'entre eux ont accompagné les Maghrébins
dans leurs tentatives de traverser la Méditerranée. De plus,
les migrants subsahariens en Libye ont de plus en plus essayé d'atteindre
l'Europe depuis la côte libyenne.
Itinéraires et méthodes migratoires
Le voyage transsaharien est généralement fait en plusieurs étapes,
et peut prendre entre un mois et plusieurs années. En route, les migrants
s'installent souvent temporairement dans des carrefours migratoires pour
travailler et épargner suffisamment d'argent pour la prochaine étape,
qui se fait généralement dans des camions ou des pick-ups.
A part une minorité qui voyage par avion, et en dépit de l'existence
d'itinéraires multiples, la majorité des migrants entrent
dans le Maghreb par voie terrestre à partir d'Agadez au Niger.
La ville d'Agadez est localisée sur un carrefour historique de
voies commerciales qui s'étendent maintenant profondément
en Afrique de l'Ouest et en Afrique Centrale. A partir d'Agadez,
les routes migratoires bifurquent vers l'oasis de Sebha en Libye et vers
Tamanrasset au sud de l'Algérie.
Du sud de la Libye, les migrants vont à Tripoli et d'autres villes
côtières ou bien vers la Tunisie. A partir de la côte, les
migrants voyagent par bateau vers Malte, ou vers les îles italiennes
de Lampedusa, Pantalleria ou la Sicile. De Tamanrasset en Algérie, les
migrants voyagent vers les villes au nord (comme Alger) ou entrent dans le
Maroc via la frontière proche d'Oujda. En réaction aux
patrouilles de frontières intensifiées dans le Détroit
de Gibraltar, des migrants au Maroc se sont de plus en plus déplacés
vers le sud dans la direction du Sahara Occidental en vue de traverser vers
les Iles Canaries, territoire espagnol dans l'Océan Atlantique.
La politique panafricaine de la Libye a également joué un rôle
clé en créant un lien entre les systèmes de migration
est-africaines et le système de migration euro-méditerranéen.
A part le nombre croissant d'égyptiens qui tentent de traverser
la Méditerranée vers l'Italie a partir de la Libye, des
migrants ouvriers et des réfugiés originaires du Soudan, de la
Somalie, de l'Erythrée et de l'Ethiopie — qui ont
souvent tendance de s'installer au Caire – ont migré de
plus en plus vers la Libye à travers du Soudan, le Tchad ou l'Egypte.
Même des migrants en provenance de la Chine, de l'Inde, du Pakistan
et du Bangladesh ont récemment migré vers le Maroc en utilisant
des itinéraires sahariens. En général, ils prennent l'avion
vers des capitales ouest-africaines comme Accra ou Bamako, parfois via les
pays du Golfe, pour ensuite suivre les itinéraires sahariens communs
via le Niger et l'Algérie vers le Maroc et l'Europe.
Sur la limite occidentale du continent, un nombre croissant de migrants ouest-africains évitent
les routes centrales du Sahara en naviguant à partir des côtes
de la Mauritanie, du Cap Vert, du Sénégal et d'autres côtes
ouest-africaines vers les Iles Canaries ; ils voyagent aussi par voie
terrestre de la Mauritanie vers le Sahara Occidental et le Maroc.
Quoique les médias nationaux et internationaux ainsi que des politiciens
ont tendance à représenter ces migrants comme des victimes des « trafiquants
sans scrupules » ou des réseaux ou des mafias de contrebande « impitoyables »,
l'écrasante majorité des subsahariens migrent sur leur propre
initiative. En général, ils paient pour une étape difficile
du voyage, comme un passage de frontière, à la fois.
Les contrebandiers des personnes ne sont pas souvent partie de la criminalité internationale
organisée mais ont plutôt tendance à former des réseaux
relativement à petite échelle, constitués par des (ex)
nomades et des (ex) migrants. En général, ils coopèrent
avec des policiers et des douaniers locaux corrompus ainsi que des intermédiaires
qui leur font la liaison avec des employeurs en Europe.
Dans le processus de traverser le Sahara vers l'Afrique du Nord, les
migrants dépensent au moins des centaines de dollars pour payer les
pots-de-vin, les trafiquants, la transportation et les besoins journaliers.
En 2003, le chercheur marocain Mehdi Lahlou estimait que le coût de la
traversée du Maroc vers l'Espagne était autour de $200
pour les mineurs et de $500 à $800 pour des marocains, et jusqu'à $800
et $1.200 respectivement pour des migrants subsahariens francophones et anglophones.
Les prix pour la traversée Libye-Italie semblent être approximativement
similaires.
Transit ou installation ?
Une fois en Europe, beaucoup de migrants irréguliers réussissent à rester
et à s'installer. Seulement une minorité de ceux qui sont
appréhendés par les gardes-frontières espagnols, italiens
et maltais sont expulsés. Les pays subsahariens refusent souvent de
collaborer avec la réadmission de grands nombres de migrants irréguliers.
En plus, des migrants détruisent souvent leurs papiers afin d'éviter
leur expulsion, tandis que des demandeurs d'asile, des mineurs et des
femmes enceintes ont souvent le droit à la résidence (au moins
temporaire) pour des raisons humanitaires.
Par conséquent, beaucoup de migrants appréhendés sont
finalement libérés à l'expiration de la période
de détention maximale avec ordre d'expulsion. Cet ordre est généralement
négligé, du moment où les migrants voyagent vers d'autres
pays de la UE ou bien se dissimulent dans l'économie informelle
de l'Espagne ou de l'Italie, où ils trouvent du travail
dans l'agriculture, la construction et le secteur de services. Un nombre
considérable a obtenu des papiers de résidence par le mariage
ou des régularisations récentes en Italie et en Espagne.
Néanmoins, le terme courant « migrants de transit » pour
désigner ce groupe est souvent trompeur, non seulement car beaucoup
de migrants et de réfugiés considèrent l'Afrique
du Nord (et en particulier la Libye) comme leur destination primaire, mais
aussi parce qu'une proportion considérable de migrants qui échouent
ou qui n'ont pas le courage de traverser vers l'Europe préfère
rester en Afrique du Nord comme option de deuxième choix, plutôt
que de retourner vers leur pays d'origine plus instable, plus dangereux
et considérablement plus pauvre.
Aujourd'hui, la plupart des grandes villes nord-africaines, comme Nouakchott,
Rabat, Oran, Alger, Tunis, Tripoli, Benghazi et le Caire, abritent des communautés
considérables de migrants subsahariens. Quoiqu'ils soient généralement
dépourvus de statut légal et quoiqu'ils soient vulnérables à l'exploitation,
les migrants subsahariens trouvent du travail dans des niches spécifiques
du secteur de service informel (comme le travail ménager et domestique),
le petit commerce, la construction, l'agriculture et la pêche.
D'autres essaient de poursuivre des études, parfois également
comme moyen d'obtenir le statut de résidence.
Certains migrants finissent par s'installer dans des carrefours migratoires « en
route ». En fait, la croissance de la migration transsaharienne
a contribué à l'essor commercial et à la revitalisation
des anciennes routes du commerce caravanier transsaharien et des villes d'oasis
situées sur ces routes traversant le désert au Mali (Gao), au
Niger (Agadez), au Tchad (Abéché), en Libye (Sebha et Kufra),
en Algérie (Tamanrasset) et en Mauritanie (Nouadhibou).
Réponses politiques
Les États sud-européens ont principalement répondu à la
persistante immigration irrégulière par l'intensification
des contrôles de frontières. Durant la décennie passée,
l'Espagne a tenté de fermer ses frontières. Outre la construction
des clôtures qui séparent Ceuta et Melilla du Maroc, le gouvernement
a installé un système de radar d'alerte rapide (SIVE or
Système Intégral de Vigilance Externe) au Détroit de Gibraltar.
Récemment, ce système a été également déployé aux
Iles Canaries.
En réaction à l'immigration subsaharienne croissante, plusieurs États-membres
de l'UE ont tenté d'« externaliser » les
contrôles de frontières. En général, ils le font
en augmentant la pression sur les pays nord-africaines à « lutter » contre
la migration irrégulière et de signer des accords de réadmission
en échange d'aide au développement, de support financier
pour augmenter des contrôles de frontières, d'équipement
militaire et parfois de quotas d'immigration pour un nombre limité des
ouvriers des pays d'origine. En face des changements récents des
tendances migratoires, l'Italie et l'Espagne en particulier ont également
signé des accords similaires avec des pays subsahariens.
Depuis 2003, l'Espagne et le Maroc, ainsi que l'Italie et la Libye,
ont entamé leur collaboration dans les patrouilles de frontières.
En 2006, l'Espagne a reçu un appui limité de Frontex, le
nouveau bureau de l'UE pour les contrôles des frontières
extérieures, pour patrouiller les routes entre le Sénégal,
la Mauritanie, le Cap Vert et les Iles Canaries en utilisant des avions, des
hélicoptères et des bateaux de patrouille. Frontex vise également à coordonner
des patrouilles maritimes en impliquant l'Italie, la Grèce et
la Malte pour contrôler les zones entre la Malte, l'île italienne
de Lampedusa, et les côtes tunisiennes et libyennes.
En 2003 et 2004, le Maroc et la Tunisie ont passé des nouveaux lois
qui instituent des peines sévères contre l'immigration irregulière et la contrebande des personnes. Selon certains commentateurs, ces nouvelles
lois montrent que le Maroc et la Tunisie cèdent à la pression
de l'UE pour jouer le rôle du « gendarme » de
l'Europe. Quoique les nouvelles lois fassent référence à des
conventions internationales pertinentes, les droits des migrants et des réfugiées
sont souvent ignorés en pratique.
Comme partie de ses efforts en vue d'améliorer le statut de la
Libye dans la communauté internationale, al-Qadhafi a collaboré plus étroitement
avec l'Organisation Internationale pour la Migration (OIM) et l'UE
qu'aucun autre pays nord-africain en ce qui concerne les contrôles
de frontières et l'établissement de camps de détention
pour les migrants irréguliers. Ces manœuvres sont aussi une réponse
au fort ressentiment anti-immigrant à l'intérieur de la
Libye.
En 2004, le premier ministre italien Silvio Berlusconi et al-Qadhafi ont conclu
un pacte en vue d'arrêter la migration irrégulière
vers l'Italie, dans lequel la Libye aurait agréé de déporter
des migrants subsahariens non autorisés à travers le territoire
libyen vers leur pays d'origine et de fermer les frontières méridionales.
Deux mois après l'accord libyen-italien, l'UE agréait
de lever son embargo de dix-huit ans sur les armes car la Libye a abandonné son
programme d'armes de destruction massive. L'Italie avait exercé une
pression forte pour lever l'embargo pour que la Libye puisse importer
l'équipement requis pour contrôler ses frontières.
Entre août 2003 et décembre 2004 seulement, le gouvernement italien
a financièrement contribué à 50 vols charter vers la Libye
qui renvoyaient 5.688 personnes vers leurs pays d'origine supposés,
y compris le Bangladesh, l'Egypte, l'Erythrée, le Ghana,
le Mali, le Niger, le Nigeria, le Pakistan, le Soudan et la Syrie.
Droits de l'homme
La pression par les États de l'UE et la xénophobie intérieure
croissante ont poussé les autorités des pays nord-africains à augmenter
les mesures de police intérieures. Cela a engendré des violations
des droits de l'homme des immigrés, y compris des demandeurs d'asile,
qui vivent souvent sous le risque d'être arrêtés,
incarcérés et déportés ou la confiscation de leurs
biens. Malgré des déportations régulières, les
migrants tentent de retraverser les frontières.
Car ils sont généralement dépourvus de statut légal,
les migrants subsahariens en Afrique du Nord sont vulnérables à des
formes d'exploitation sévère. La plupart vivent dans des
circonstances dégradantes dans des maisons surpeuplées ou, parfois,
dans des camps improvisés. On leur refuse généralement
accès à l'assistance légale et à l'éducation
publique. Ceux qui travaillent dans les secteurs informels en Espagne ou en
Italie sont également sujets à l'exploitation et à l'abus
de la part de leurs employeurs.
Particulièrement en Libye, la xénophobie est exprimée
dans des accusations générales de criminalité, des attaques
verbales et physiques, de l'escroquerie, de la détention arbitraire,
et probablement de torture.
Quand des centaines d'africains tentaient d'entrer à Ceuta
et Melilla en octobre 2005, au moins 13 migrants subsahariens sont morts. Plusieurs
d'entre eux auraient été tués par des gardes-frontières.
Après ces événements, les autorités marocains
procédaient à des rafles et des arrestations dans des villes
et des camps provisoires spontanément créés dans les forêts
autour de Ceuta et Melilla. Un groupe d'environ 1.500 migrants était
déporté et ensuite abandonné dans le désert marocain.
En 2005, environ 20 personnes auraient été tuées quand
des forces de police attaquaient des réfugiés et des migrants
soudanais pendant une manifestation dans un camp provisoire au Caire.
En représentant des réfugiés comme des « migrants économiques »,
les pays européens et nord-africains négligent souvent qu'une
proportion significative des migrants subsahariens ont fui la persécution
ou des circonstances menaçant leur vie. La distinction entre des « réfugiés » et
des « migrants économiques » est souvent floue.
En plus, certains migrants qui commençaient leur voyage pour des motifs
essentiellement économiques peuvent devenir des migrants forcés « en
route » à la suite de mauvais traitement par la police et
de l'emprisonnement arbitraire.
Jusqu'à récemment, le Haut Commissariat des Nations Unis
pour les Réfugiés (HCR) n'était pas très
actif dans les États maghrébins et beaucoup de réfugiés
croyaient que la protection n'était pas disponible dans cette
région. Le HCR a récemment étendu ses activités
dans le Maghreb, mais les autorités étatiques refusent souvent
de coopérer, continuent à déporter des demandeurs d'asile,
et généralement refusent d'accorder des permis de séjour
même aux réfugiés reconnus par le HCR.
Amnesty International et Human Rights Watch, parmi d'autres organisations,
ont argumenté qu'en déportant rapidement des migrants,
y compris des demandeurs d'asile africains vers le Maroc et la Libye
où leur protection n'est pas garantie, l'Espagne et l'Italie
risquent de sérieusement compromettre le principe de non-refoulement.
L'Italie en particulier a déporté des migrants sans examen
approprié de leurs éventuels droits à asile, aux soins
médicaux ou aux autres formes d'assistance et de protection.
Le gouvernement libyen, qui n'a pas signé la Convention de Genève
de 1951, mais qui a ratifié la Convention Africaine relative aux Réfugiés,
a arbitrairement déporté des migrants expulsés de l'Italie
vers leur pays d'origine supposés, y compris le Soudan et l'Erythrée,
sans prendre en considération la question s'ils risquaient la
torture ou la persécution.
Les effets des politiques sur les tendances migratoires
Plutôt que freiner l'immigration, la surveillance intensifiée
dans le Détroit de Gibraltar et ailleurs a causé une diversification
générale des points de passage maritimes depuis 1999.
Les migrants ont de plus en plus traversé la Méditerranée
d'endroits plus orientaux de la côte marocaine vers l'Espagne ;
de la côte tunisienne vers les îles italiennes ; de la Libye
vers l'Italie et Malte ; du Sahara occidental vers les Iles Canaries ;
de l'Algérie vers l'Espagne ; et plus récemment
de la Mauritanie, du Sénégal, et d'autres pays ouest-africains
vers les Iles Canaries.
En outre, en 2006 il y avait une croissance remarquable dans les tentatives
d'atteindre l'Europe. Entre janvier et septembre 2006, quelques
24.000 migrants arrivaient sur les Iles Canaries, comparé à 4.772
en 2005 et 9.900 en 2002. Pendant les sept premiers mois de 2006, 10.400 migrants ont été appréhendés
sur l'île italienne de Lampedusa au sud de Sicile, comparé à 6.900
durant la même période en 2005.
Cependant, ces traversées maritimes ne représentent qu'une
fraction de l'immigration vers l'UE — qui s'élève à 2.6
million personnes en 2004 parmi les UE-15 (excepté la Grèce),
selon l'Organisation de Coopération et de Développement
Economiques (OCDE). La majorité des migrants irréguliers en Europe
ont migré légalement et sont devenus « clandestins » après
l'expiration de leurs visas ou permis de séjour.
Les politiques qui visaient à stopper l'immigration ont eu plusieurs
effets involontaires et contre-productifs. Premièrement, la répression
accrue en Afrique du Nord a mené plusieurs migrants qui avaient l'intention
initiale d'y rester à reconsidérer leurs plans et à migrer
vers l'Europe.
Deuxièmement, l'usage des routes maritimes plus diverses et plus
longues ont énormément élargi la surface d'eau que
les pays de l'UE croient qu'ils doivent surveiller afin de « lutter » contre
la migration irrégulière. Troisièment, les méthodes
de contrebande des personnes sont devenues de plus en plus professionnalisées,
comme l'usage par les contrebandiers de bateaux plus adaptés,
plus larges et plus rapides et des Zodiac au lieu des canots de pêches
et pateras vulnérables.
Cependant, la capacité d'empêcher les migrants de traverser
la Méditerranée et l'Océan Atlantique est aussi
limitée. Les bateaux ne peuvent pas être arrêtés
dans des eaux internationales, et des gardes-côtes ont le devoir de sauver
les migrants sous risque de se noyer. Certains analystes estiment que l'intensification
des patrouilles maritimes a même augmenté les chances de survivre
la traversée, ce qui aurait encouragé des migrants à venir,
en particulier les subsahariens qui savent qu'il sera difficile de les
expulser.
Quoique plusieurs pays de l'UE aient signé des accords de réadmission
avec un nombre croissant des pays africains, les expulsions forcées
sont difficiles à mettre à l'exécution en pratique.
Elles sont aussi coûteuses et ont un effet de dissuasion limité car
les migrants expulsés tendent à immigrer de nouveau.
Chaque année, un nombre significatif de migrants trouvent la mort ou
sont blessés sérieusement lorsque ils tentent d'entrer
dans l'UE. APDHA, une organisation de droit de l'homme andalusienne,
avance qu'en 2005 au moins 368 personnes ont décédé lors
de leurs tentatives d'atteindre l'Espagne, quoique le nombre actuel
pourrait être deux ou trois fois plus élevé car beaucoup
de corps ne sont jamais retrouvés.
Contrairement à la perception générale, une analyse récente
par le chercheur norvégien Jørgen Carling suggérait que
le vrai risque de mort pendant la traversée maritime vers l'Espagne
est resté stable à un niveau d'environ un pourcent pendant
les années dernières, ou aurait même légèrement
diminué. Ainsi, il semble que l'accroissement des morts doit être
largement attribué à l'accroissement du nombre de personnes
qui tentent la traversée, plutôt qu'aux contrôles
de frontières accrus.
Les risques impliqués dans la traversée du Sahara sont généralement
estimés plus élevés que la traversée de la Méditerranée
ou de l'Océan Atlantique. A la suite des restrictions accrues
en Afrique du Nord, les policiers et les douaniers tendent à revendiquer
des pots-de-vin plus élevés, tandis que les migrants ont exploré des
routes secondaires et souvent plus dangereuses à travers le désert.
Doubles agendas et intérêts opposés
L'immigration
subsaharienne croissante a créé des tensions
considérables entre les états de l'UE, de l'Afrique
du Nord et de l'Afrique subsaharienne. Quoique les États nord-africains
aient partiellement cédé à la pression européenne,
la politique d'externalisation semble d'avoir atteint ses limites.
L'avidité avec laquelle les États nord-africains ont emprunté les
discours européens dominants sur « la lutte contre l'immigration
illégale » est aussi une réponse symbolique à la
xénophobie interne croissante et au refus obstiné par les États
nord-africains d'accepter l'idée d'être des
pays de destination. Jusqu'à présent, les États
de l'UE ne se sont pas rendu suffisamment compte que les états
nord-africains ont des objections à plusieurs éléments
des politiques d'externalisation à cause de la conviction que
ces politiques renforcent leur position comme des destinations.
A l'exception de la Libye, les États nord-africains ont généralement
refusé de réadmettre des nombres élevés des migrants
irréguliers des pays tiers (subsahariens) d'une façon régulière.
Les propositions de certains États membres de l'UE d'établir
des centres de sélection « offshore » pour
des migrants et des demandeurs d'asile, ou d'envoyer des navires
de guerre pour patrouiller la côte africaine, sont aussi généralement
opposées car ils sont vus comme une menace à la souveraineté nationale.
Les États nord-africains craignent aussi que de telles mesures encouragent
plus d'immigration et d'installation sur leur territoire.
Les États africains se conforment à la « lutte contre
l'immigration illégale » de l'UE à différents
degrés, premièrement comme une « fiche » pour
négocier l'aide au développement et d'autres formes
de soutien ou, dans le cas de la Libye, la réparation de leur réputation
internationale. Ça n'enlève pas les doutes sérieux
sur la crédibilité et l'efficacité de ces efforts à freiner l'immigration
irrégulière.
A l'exception de la Libye, il demeure un certain refus de jouer le rôle
du gendarme de l'Europe et de procéder à des expulsions
massives des migrants subsahariens. Des rafles et des expulsions collectives
récentes ont embarrassé le Maroc sur le plan international. Ces événements,
qui sont en disharmonie avec les efforts de l'État marocain à améliorer sa
réputation sur les droits de l'homme, sont aussi de plus en
plus défiés par des protestations prononcées de la société civile
marocaine.
En plus, les pays de l'UE n'arrivent pas à saisir les intérêts
stratégiques de nature géopolitique et économique que
les États nord-africains rivalisant attribuent au maintien des bonnes
relations avec des États subsahariens. Il est probable que ces relations
vont être détériorées par des expulsions massives,
le mauvais traitement des migrants, ou une introduction de visas pour des subsahariens
sous la pression de l'Europe.
Egalement, la pression européenne sur des pays ouest-africains comme
le Sénégal, la Gambie et la Guineé-Conakry en vue d'arrêter
la migration irrégulière sont en quelque sorte en disharmonie
avec la liberté de mouvement garantie dans le protocole datant de 1971
sur le mouvement libre des personnes, le droit de résidence et le droit
d'établissement de la Communauté Économique des États
de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Les citoyens des États
membres (le Bénin, le Burkina Faso, le Cape Vert, la Côte d'Ivoire,
la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée Bissau, le Liberia,
le Mali, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone et
le Togo) ont le droit nominal de s'installer, de travailler et de faire
des affaires dans d'autres pays de la CEDEAO.
Des gouvernements de l'Afrique du Nord et subsaharienne argumentent que
l'UE a tendance de traiter la migration unilatéralement comme
un problème de sécurité ainsi qu'il est impossible
d'arrêter la migration tant que ses causes profondes économiques
et politiques persistent. Au même moment, les États africains
considèrent que l'aide donnée en échange des contrôles
de migrations intensifiés est trop limitée pour avoir un impact
significatif, en particulier lorsqu'ils trouvent que les politiques économiques
protectrices nuisent au développement de l'Afrique.
Ce qui demeure largement inexprimé est le fait que les pays de l'Afrique
du Nord ainsi que de la zone subsaharienne ont très peu d'intérêt
véritable à freiner l'émigration. Une continuation
de l'émigration sert des intérêts politiques et économiques
vitaux en diminuant la pression sur les marchés de travail internes
et en générant des remises de fonds considérables.
Considérant l'impuissance pratique d'arrêter les
migrants à traverser les longues frontières terrestres et maritimes
ainsi que la difficulté de réconcilier tous les intérêts
opposés, il existe un sentiment d'impasse évident sur le
phénomène.
Les récents sommets africain-européens sur la migration, comme
le sommet de Rabat en juillet 2006, n'ont abouti à aucune idée
imaginative au delà des accords conventionnels qui visent à intensifier
la coopération africaine dans les contrôles de migration en échange
pour plus d'aide.
Il y a une certaine tendance dans laquelle des pays accusent d'autres
pays « en amont du flux migratoire » de tolérer
l'immigration irrégulière. Par exemple, le Maroc a accusé l'Algérie
d'admettre tacitement aux subsahariens de migrer à travers son
territoire ; l'Algérie a expressivement refusé d'assister
au sommet de Rabat.
Le phénomène migratoire cause aussi des tensions considérables
au sein de l'UE. Plusieurs pays de l'UE ont rejeté des propositions
de retirer l'aide au développement des pays s'ils ne coopèrent
pas pour arrêter la migration irrégulière.
L'Espagne, l'Italie et la Malte se sont plaintes de l'appui
limité qu'ils ont reçu des pays nord-européens (moins
directement affectés par l'immigration subsaharienne) pour l'intensification
des patrouilles de frontières. Cependant, certains pays nord européens
ont répliqué en accusant l'Espagne de régulariser
environ 600.000 migrants en 2005, ce qui créerait un « appel
d'air » attirant encore plus de migrants irréguliers. L'Espagne
a caractérisé cette réponse comme « démagogique » en
indiquant que, dans le passé, la plupart des États-membres de
l'UE se sont vu obligés de régulariser leur force ouvrière
installée de facto.
Ce va-et-vient illustre la disparité entre l'objectif européen
de lutter contre l'immigration irrégulière et la demande
persistante de travail des immigrés qualifiés ainsi que non-qualifiés.
Particulièrement en Europe du Sud, les employeurs exercent une pression
sur les gouvernements à admettre plus d'immigration légale.
Perspectives Futures
Plusieurs facteurs structurels expliquent pourquoi il est probable que la migration
transsaharienne vers l'Europe continuera et pourquoi les pays nord-africains
peuvent se développer davantage comme des pays de destination.
Premièrement, il y a des différences considérables entre
le niveau de développement économique et la stabilité politique
entre les pays nord-africains d'une part et la plupart des pays subsahariens d'autre part. Ainsi, les migrants qui échouent ou qui ne veulent pas passer
vers l'Europe souvent préfèrent rester en Afrique du Nord
comme option « de deuxième choix », plutôt
que de retourner vers leur pays d'origine plus instable, plus dangereux
et plus pauvre.
Deuxièmement, la migration transsaharienne est moins indésirable
qu'il semble. Il est probable que la demande pour le travail bon marché des
migrants non-autorisés en Europe, en Libye et d'autres pays nord-africains
persistera ou même croîtra, et il est probable qu'une nouvelle
génération de subsahariens mieux instruits et de plus en plus
ambitieux répondra à cette demande. En plus, les activités
de commerce et d'affaires liées à la migration transsaharienne
ont été bénéfiques aux économies locales
dans la zone saharienne et l'Afrique du Nord.
La segmentation des marchés du travail nord-africains pourra augmenter
davantage l'ampleur de l'immigration. Même dans les pays
maghrébins relativement plus pauvres, un nombre croissant de chômeurs
bien éduqués et diplômés évite le travail
non-qualifié ou semi-qualifié et, par contre, préfère
migrer eux-mêmes. Ceci peut expliquer l'apparition simultanée
d'une émigration persistante à partir des pays nord-africains
qui sont également devenus des destinations pour des migrants subsahariens.
Troisièmement, ces tendances sur le marché du travail peuvent être
renforcées par des transitions démographiques. Dans la plupart
des pays nord-africains, les réductions dramatiques dans la fécondité qui
se sont réalisées depuis les années 1970s réduiront
le nombre de jeunes personnes qui entrent dans la force ouvrière dans
les prochaines décennies. En supposant le maintien de la stabilité politique
et une croissance économique au moins modeste, ce fardeau démographique
déclinant peut éventuellement aboutir à un déclin
de l'émigration et un accroissement de l'immigration.
Quatrièmement, l'établissement et l'enracinement
des routes migratoires transsahariennes et des réseaux de migrants ainsi
que des améliorations dans les techniques de communications et dans
l'infrastructure de transport transsaharienne, continueront de faciliter
la migration future.
Pour toutes ces raisons, il est peu probable que la migration transsaharienne
peut être bridée d'une façon significative. Une politique
focalisée de restriction a plutôt mené à la déviation
rapide des routes migratoires ainsi qu'à une augmentation des
risques, des coûts et de la souffrance des migrants impliqués.
Sources
APDHA (2006). "Informe sobre la inmigración clandestina durante
el año 2005." Asociación Por Derechos Humanos de Andalucía,
Sevilla. Téléchargeable.
Alioua, M. (2005). "La migration transnationale des Africains subsahariens
au Maghreb : L'exemple de l'étape marocaine." Maghreb Machrek,
185.
Andrijasevic, Rutvica (2006). "Lampedusa in focus: Migrants caught between
the Libyan desert and the deep sea." Feminist Review, 82, 120-125.
Barros, Lucile, Mehdi Lahlou, Claire Escoffier, Pablo Pumares, and Paolo Ruspini
(2002). "L'immigration Irregulière Subsaharienne à Travers
et Vers le Maroc." Geneva: ILO. Téléchargeable.
Bensaad, Ali (2003) "Agadez, carrefour migratoire sahélo-maghrébin." Revue
Européenne des Migrations Internationales, Vol 19(1).
Boubakri, Hassen (2004). "Transit migration between Tunisia, Libya and
Sub-Saharan Africa: study based on Greater Tunis." Strasbourg: Council
of Europe. Téléchargeable.
Bredeloup, Sylvie and Olivier Pliez eds (2005). Migrations entre les deux rives
du Sahara. Autrepart, 4(36). Special issue containing a series of empirical
studies on trans-Saharan migration.
Carling, Jørgen, (forthcoming, 2007). "Migration Control and Migrant
Fatalities at the Spanish-African Borders." Forthcoming in International
Migration Review.
Collyer, Michael (2006). "States of insecurity: Consequences of Saharan
transit migration." Working Paper No. 31, Centre on Migration, Policy
and Society (COMPAS). Oxford: University of Oxford. Téléchargeable.
de Haas, Hein (2005). "Morocco: From Emigration Country to Africa's Migration
Passage to Europe." Country profile Morocco. Migration Information Source. Téléchargeable.
de Haas, Hein (2006). Turning the tide? Why development instead of migration
policies are bound to fail. IMI working paper 2. Oxford: International Migration
Institute, University of Oxford. Téléchargeable.
de Haas, Hein. (forthcoming, 2007). "Morocco's Migration Experience: A
transitional perspective." Forthcoming in International Migration.
Düvell, Franck (2006). "Crossing the fringes of Europe: Transit migration
in the EU's neighbourhood." Working Paper No. 33, Centre on Migration,
Policy and Society (COMPAS). Oxford: University of Oxford. Téléchargeable.
Fargues, Philippe (2004). "Arab Migration to Europe: Trends and Policies." International
Migration Review, 38(4), 1348-1371.
Grabska, Katarzyna (2005). "Living on the Margins: The Analysis of the
Livelihood Strategies of Sudanese Refugees with Closed Files in Egypt." Cairo:
AUC/FMRS. Téléchargeable.
Hamood, Sara (2006). "African transit migration through Libya to Europe:
the human cost." Cairo: FMRS / AUC. Téléchargeable.
Human Rights Watch (2006). "Libya: Stemming the Flow. Abuses Against Migrants,
Asylum Seekers and Refugees." Téléchargeable.
Lahlou, Mehdi (2003). "Le Maghreb: Lieux de Transit." La Pensée
du Midi 10: 35-45. Téléchargeable.
Nyberg-Sørensen, Ninna ed. (2004). Mediterranean Transit Migration.
Copenhagen: Danish Institute for International Studies.
Organization for Economic Cooperation and Development (2006). Table A.1.1.
Inflows of Foreign Population into Selected OECD Countries. International Migration
Outlook: Sopemi 2006 Edition.
Pliez, Olivier (2005). "Le Sahara libyen dans les nouvelles configurations
migratoires." Revue Européenne des Migrations Internationales,
Vol 16 (3)
Schuster, Liza (2005). The Realities of a New Asylum Paradigm. Working Paper
No. 20, Centre on Migration, Policy and Society (COMPAS). Oxford: University
of Oxford. Téléchargeable.
Version originale publié en anglais sur Migration Information Source: http://www.migrationinformation.org/Feature/display.cfm?id=484
Copyright @
2002-2013 Migration Policy Institute.
All rights reserved.
Migration Information Source, ISSN 1946-4037
MPI · 1400 16th St. NW, Suite 300 · Washington, DC 20036
ph: (001) 202-266-1940 · fax: (001) 202-266-1900
source@migrationpolicy.org
|