E.g., 04/24/2014
E.g., 04/24/2014

Il est temps de tempérer les espoirs : Comparaison des expériences en matière de migration et développement au Maroc et au Mexique

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Il est temps de tempérer les espoirs : Comparaison des expériences en matière de migration et développement au Maroc et au Mexique

A gauche : Des migrants ayant travaillé dans l'agriculture en Californie ont introduit de nouvelles techniques dans les fermes du Zacatecas, au Mexique (photo : Oliver Bakewell) A droite : Des migrants ont investi dans des projets touristiques à Ouarzazate, au Maroc (photo : Thomas Lacroix).

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Au cours de la deuxième moitié du XXe siècle, le Mexique et le Maroc sont devenus les sources principales de travailleurs immigrés, et pour la plupart peu qualifiés, des États-Unis et de l'Europe respectivement.

Malgré de vastes différences historiques, économiques et culturelles, ces deux pays partagent la caractéristique de se situer sur la principale ligne de séparation entre le Nord et le Sud et donc sur les « frontières migratoires ». C'est pourquoi il existe des ressemblances frappantes entre les tendances migratoires mexicaines et marocaines.

Environ 10 pour cent des ressortissants marocains et mexicains vivent à l'étranger et, dans ces deux pays, les transferts de fonds sont devenus une source vitale de revenus et de réduction de la pauvreté, en particulier en milieu rural.

Étant donnée l'importance stratégique de la migration, il n'est pas étonnant que les gouvernements mexicain et marocain aient, ouvertement ou tacitement, encouragé l'émigration et récemment multiplié leurs efforts pour établir des relations solides avec leur population émigrée, afin d'optimiser les rentrées de transferts de fonds et d'accentuer l'impact favorable de la migration sur le développement.

Bien que des visions optimistes de la migration et du développement aient récemment vu le jour, cette question reste contestée.

Mention
Nous remercions l’Institut des Migrations Internationales pour la traduction de cet article. Veuillez noter que le Migration Information Source et l’Institut de Politique Migratoire (MPI) ne peuvent que rarement offrir des articles en français.
 

Au vu de leurs remarquables similitudes en termes de la magnitude relative de l'émigration et de son importance stratégique pour l'économie, il est surprenant de constater que le Maroc et le Mexique aient été si peu souvent systématiquement comparés ; en effet, les comparaisons passées se sont généralement attachés aux problèmes aux frontières.

Afin de combler ces carences, l'Institut des Migrations Internationales de l'Université d'Oxford a mis en place le projet « Dialogues transatlantiques sur les questions de migration et de développement : Les expériences Mexique-USA et Maroc-UE », en collaboration étroite avec des chercheurs et responsables politiques marocains et mexicains.

Cet article examine brièvement l'histoire migratoire de chaque pays, les moteurs de la migration, les tendances en matière de transferts de fonds, les répercussions de la migration sur le développement et les expériences des associations de migrants et des transferts collectifs. En s'appuyant sur les données recueillies dans le cadre de ce projet, cet article se penche ensuite sur les diverses manières de recadrer le débat sur la migration et le développement.

Historique du projet
En s'appuyant sur des initiatives antérieures de l'Institut des migrations internationales visant à considérer la migration et le développement selon le point de vue « du Sud », le projet des Dialogues transatlantiques a pour objectif de stimuler un débat transatlantique, Sud-Nord et Sud-Sud sur la migration et le développement en y faisant participer des universitaires, des responsables politiques et des migrants originaires du Maroc, du Mexique, des États-Unis et de l'Union européenne.

En plus de diverses études préliminaires, les activités menées dans le cadre du projet étaient centrées autour de deux voyages d'études organisés dans deux régions émettrices de migrants : Zacatecas, au Mexique (mars 2009) et Ouarzazate, au Maroc (mars 2010). Ces visites de terrain et les entretiens avec les migrants ont permis aux participants d'observer les investissements des migrants, de même que les impacts plus larges de la migration du point de vue socio-économique, démographique et politique.

En confrontant ces réalités sur le terrain, les participants ont pu constater la diversité de ces impacts. S'en sont suivies des discussions sur les conditions qui permettent d'expliquer une telle diversité et sur la manière dont les politiques peuvent contribuer à accentuer les impacts favorables de la migration sur le développement.

Le projet était construit autour de trois questions principales:

  • Comment la migration a-t-elle affecté le développement dans les régions émettrices de migrants?
  • Comment expliquer les différences des impacts migratoires selon les régions et les pays?
  • Quelles leçons pouvons-nous tirer de ces expériences afin d'élaborer de meilleures politiques et un futur programme de recherches comparatives?

Les voyages d'étude ont été organisés en partenariat avec les équipes de recherche du Centre pour la région et la régionalisation (E3R) du l'Université Mohamed V de Rabat-Agdal, au Maroc, et de l'Universidad Autonoma de Zacatecas, au Mexique.

Le financement du voyage d'étude mexicain a été généreusement assuré par le German Marshall Fund of the United States, tandis que le voyage d'étude marocain a été financé par la Deutsche Gesellshaft für Technische Zusammenarbeit (GTZ) GmbH et la Fondation Hassan II pour les Marocains Résidents à l'Étranger.

Le projet des Dialogues transatlantiques s'inscrit sous le thème de recherche « Migration et Développement » de l'Institut des Migrations Internationales.

 

Le Maroc et le Mexique comme « frontières migratoires »

Alors que les racines historiques des flux migratoires Mexique-USA et Maroc-UE sont profondes, c'est surtout depuis les années 1950 et 1960 que la Mexique et le Maroc se sont progressivement transformés, en plusieurs phases successives, en sources de main-d'œuvre pour les économies américaine et européenne en plein essor.

La migration s'est principalement développée au travers de programmes de recrutement de main-d'œuvre. Aux États-Unis, des millions de Mexicains ont migré par le biais du programme Bracero, qui a débuté au cours de la Seconde Guerre mondiale. De 1942 à 1964, ce programme a surtout orienté la main-d'œuvre mexicaine vers des emplois agricoles temporaires.

En Europe, plusieurs pays du nord-ouest du continent (France, Pays-Bas, Belgique, Allemagne) ont signé dans les années 1960 des accords bilatéraux avec le Maroc afin de faire venir des « aquo; travailleurs invités » dans les usines, les mines, l'agriculture et la construction. La plupart de ces accords ont été abrogés en 1973 ou peu de temps après à cause du choc pétrolier, lorsque le cours mondial du pétrole a crû de manière exponentielle suite à l'embargo imposé par les pays producteurs de pétrole du Moyen-Orient.

Dans les deux contextes, le gel du recrutement et les politiques d'encouragement au retour n'ont pas entraîné de retours en masse.

Au contraire, les restrictions migratoires ont interrompu le mouvement de va-et-vient connu sous le nom de « migration circulaire » et ont paradoxalement stimulé l'installation et la migration familiale dans les années 1980. Les réseaux mexicain et marocain, très étendus, ont encouragé les familles et les amis des migrants à rejoindre ces derniers ; un grand nombre de personnes ont alors franchi les frontières dans l'illégalité.

En 2008, l'on estimait à 11,4 millions le nombre de résidents américains nés au Mexique, selon l'enquête annuelle sur la communauté américaine (American Community Survey) du Bureau du recensement américain, dont la moitié était des clandestins, selon les estimations du Département américain de la sécurité intérieure (U.S. Department of Homeland Security). Un rapport publié en 2007 par la Fondation Hassan II pour les Marocains résidents à l'étranger estimait à quelque 3,2 millions le nombre de ressortissants marocains établis à l'étranger, dont 2,75 millions en Union européenne ; les clandestins sont particulièrement présents dans le sud de l'Europe, où ils seraient au moins 200.000 selon les estimations.

Depuis les années 1990, la migration marocaine et la migration mexicaine se sont diversifiées, aussi bien en termes d'origine que de destination.

Même s'ils restent concentrés dans les états de destination classiques tels que la Californie, le Texas et l'Illinois, les migrants mexicains ont poursuivi des opportunités économiques dans des états du sud, tels que la Géorgie et la Caroline du Nord, et des états du centre, tels que l'Iowa et le Nebraska. Alors que les migrants mexicains provenaient traditionnellement d'états du centre-ouest tels que Guanajuato, Jalisco, Zacatecas et Michoacan, les flux migratoires concernent aujourd'hui aussi des états mexicains du sud et du sud-est tels que le Chiapas, Oaxaca et Veracruz.

Dans le cas des Marocains, l'Espagne et l'Italie sont devenues de nouvelles destinations car les migrants en situation irrégulière pouvaient y trouver du travail relativement facilement. De surcroît, un plus grand nombre de femmes ont également quitté le Maroc pour travailler en tant que domestiques et gardes d'enfants. Les Marocains dotés de meilleures qualifications ont commencé à migrer de plus en plus souvent vers les États-Unis et le Canada.

Traditionnellement, la plupart des migrants Marocains venaient des montagnes du Rif, au nord du pays, de la région du Sous, dans le sud-ouest et des oasis du sud. Toutefois, l'intensification de la migration vers l'Espagne, l'Italie et l'Amérique du Nord a coïncidé avec l'apparition de nouvelles régions émettrices dans le centre du Maroc, telles que la plaine de Tadla et Khourigba, de même que les grandes villes.

Au cours des vingt dernières années, le Mexique et le Maroc ont connu une migration de transit et même d'installation de plus en plus importante en provenance de pays plus pauvres et plus au Sud, d'Amérique centrale et d'Afrique subsaharienne respectivement. A cause de ce rôle de pays « de transit », les États-Unis exercent des pressions sur le Mexique, et l'Union européenne sur le Maroc, pour que ces deux pays contrôlent mieux leurs frontières et acceptent que les personnes déportées soient rapatriées dans leur région d'origine.

Moteurs de la migration : les écarts Nord-Sud

La migration en provenance du Mexique et du Maroc est étroitement associée aux cycles des affaires aux États-Unis et en Union européenne, selon une étude préliminaire menée pour ce projet. Les taux d'émigration ont décliné au cours de la récession du début des années 1980 puis sont remontés au cours des années 1990 en raison de la forte croissance économique et de la déréglementation de l'économie et du marché du travail aux États-Unis et en Union européenne.

La récente crise économique mondiale, qui a frappé des industries qui emploient de nombreux migrants, comme la construction, a entraîné une hausse du chômage parmi les migrants marocains et mexicains et probablement affecté les nouveaux arrivants. En Espagne, le taux de chômage dans le secteur de la construction est monté jusqu'à 19,6 pour cent en mai 2009.

Après avoir atteint un pic de 14,6 pour cent en janvier 2010, le taux de chômage des immigrants originaires du Mexique et d'Amérique centrale aux États-Unis est redescendu à 9,5 pour cent en mai 2010. En outre, il semble qu'un nombre moins élevé de personnes se dirigent aujourd'hui vers le Nord. Selon une enquête auprès des ménages menée mensuellement par le gouvernement mexicain, le nombre de personnes quittant le pays pour s'installer à l'étranger avait chuté de 8 pour cent au troisième trimestre 2009 par rapport à la même période en 2008, et de 39 pour cent par rapport à la même période en 2007.

Il est difficile de prévoir quand et à quelle vitesse les taux d'immigration progresseront de nouveau en conséquence de l'amélioration des conditions économiques et de la multiplication des possibilités d'emploi. Par contre, il semble clair que, à l'instar des années 1970, la récession n'a pas poussé la majorité des migrants à retourner dans leur pays d'origine.

Les flux migratoires mexicain et marocain répondent à la demande constante de main-d'œuvre peu coûteuse et peu qualifiée dans les secteurs de l'agriculture, de la construction et des services. De surcroît, les progrès de l'intégration économique, particulièrement par le biais d'investissements et d'accords de libre-échange entre les États-Unis et le Mexique (Accord de libre-échange nord-américain, ALENA) et entre l'Union européenne et le Mexique (Accords d'association avec l'UE) ont contribué à stimuler la migration (souvent illégale).

Les États-Unis tout comme l'Union européenne investissent lourdement dans la « lutte » contre la migration illégale, sans avoir réussi à résoudre adéquatement la question de la demande de main-d'œuvre peu qualifiée. En conséquence, les restrictions migratoires et les contrôles stricts aux frontières ont eu comme conséquences véritables de stimuler la migration illégale, de modifier les trajets utilisés par les migrants, de rendre la migration plus risquée et de réduire la migration circulaire.

L'analyse a aussi révélé que les écarts de revenu Mexique-USA et Maroc-UE sont restés remarquablement constants depuis les années 1980 en dépit (ou, selon certains participants au projet, en conséquence) des accords de libre-échange (voir Figure 1). L'écart de revenu de 1/9 entre le Maroc et l'UE est bien plus élevé que l'écart de 1/3,5 entre le Mexique et les USA. Cependant, les inégalités de revenu au Mexique sont plus importantes qu'au Maroc, ce qui explique en partie pourquoi certains Mexicains migrent vers le Nord.

Simultanément, les écarts concernant plusieurs indicateurs de développement humain se sont refermés, comme c'est le cas pour l'espérance de vie. Le taux de natalité a fortement baissé aussi bien au Maroc qu'au Mexique, tandis que le taux d'alphabétisation de ces deux pays s'est rapproché du niveau des États-Unis et de l'Union européenne (voir Tableau 1). Toutefois, et crucialement, ce n'est qu'en conjonction avec la croissance économique et la stabilité politique que ces tendances pourront entraîner, à l'avenir, un déclin de l'émigration et une augmentation de l'immigration.

 

Figure 1. Rapport du PIB par habitant USA-Mexique, UE-Maroc et Mexique-Maroc, de 1980 à 2006
Source : Banque mondiale, Indicateurs du développement dans le monde, décembre 2008

 

Tableau 1. Indicateurs de développement humain pour les Écarttats-Unis, le Mexique, la Zone Euro et le Maroc

  États-Unis Mexique Zone euro^ Maroc
Espérance de vie (à la naissance, années totales)        
1960 69,8 57,3 69,5 46,9
1970 70,8 61,7 71,3 51,9
1980 73,7 66,8 73,7 57,9
1990 75,2 70,9 76,1 64,3
2000 77,0 74,0 78,5 68,8
2006 77,8 74,5 80,0 70,7
Taux de fertilité (nº naissances par femme)        
1960 3,7 6,8 2,6 7,2
1970 2,5 6,7 2,4 7,1
1980 1,8 4,7 1,8 5,6
1990 2,1 3,4 1,5 4,0
2000 2,1 2,7 1,5 2,7
2008 2,1 2,1 1,6 2,4
Taux d'alphabétisation (pour cent de la population de 15 ans et plus)        
1980 99% 83% 99% 30%*
1990 99% 88% 99% 42%**
2000 99% 91% 99% n.d.
2008 99% 93% 99% 56%

Notes : n.d. = non disponible.
^ La Zone Euro comprend les pays suivants : Allemagne, Autriche, Belgique, Chypre, Espagne, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Portugal et Slovénie.
^^ Le taux d'alphabétisation des États-Unis et de la Zone Euro est généralement estimé à 99 %.
*1982
**1994
Sources : Indicateurs du développement dans le monde 2008 et Indicateurs du développement dans le monde 2010 (Washington, DC : Banque mondiale).

Transferts de fonds : tendances et dépendance

Au cours des dernières décennies, les transferts de fonds en faveur du Mexique et du Maroc ont connu un essor rapide grâce à la croissance de la population établie à l'étranger, à l'expansion des secteurs bancaires marocain et mexicain et à la prolifération des agences privées de transferts de fonds.

En 2008, le Mexique a reçu environ 26,3 milliards et le Maroc environ 6,9 milliards de dollars U.S., selon la banque mondiale — soit, en moyenne, quelque 2 300 dollars U.S. par migrant originaire du Mexique comme du Maroc.

La crise financière mondiale n'a entraîné qu'un modeste déclin des transferts de fonds (voir Figure 2), ce qui indique que les transferts de fonds constituent un flux de revenus plutôt stable.

 

Figure 2. Total des transferts de fonds vers le Maroc et le Mexique, de 1979 à 2009
Source : Banque mondiale, Données sur les transferts de fonds 2009.

Comme les transferts de fonds représentent 8 pour cent du PIB du Maroc, ce dernier en est plus dépendant que le Mexique, où les transferts représentent seulement 2,4 pour cent du PIB. Cette différente reflète le développement moins avancé de l'économie marocaine, bien que la dépendance du Mexique envers les transferts de fonds ait relativement augmenté au cours des dernières décennies (voir Figure 3).

 

Figure 3. Pourcentage des transferts de fonds dans le PIB du Mexique, de 1979 à 2006
Source : Banque mondiale, Données sur les transferts de fonds 2009.


Les impacts mitigés de la migration sur le développement

L'impact de la migration sur le développement peut apparaître aussi bien favorable que défavorable, selon la perspective, l'échelle et le cadre temporel adoptés pendant l'évaluation.

Parmi les aspects favorables, les transferts de fonds ont considérablement amélioré les conditions de vie des régions émettrices de migrants au Mexique et au Maroc. Dans de nombreux cas, ces transferts ont permis aux familles des migrants d'acheter des terres et d'investir. Bien que les transferts de fonds dépensés dans la construction ou pour satisfaire les besoins quotidiens soient souvent qualifiés de « non productifs », ils participent à l'amélioration du niveau de vie. En particulier, les logements sont considérés comme des investissements sûrs dans des climats d'investissement souvent peu sûrs et peu attractifs.

En outre, les recherches ont révélé que, bien que les transferts de fonds ne bénéficient pas aux plus pauvres, les investissements des migrants et les dépenses dans le pays d'origine créent de véritables possibilités d'emploi dans des domaines tels que la construction de maisons privées, les projets agricoles (par ex : prunes et pêches biologiques à Jerez, au Mexique, et production de safran à Taliouine, au Maroc), l'industrie para-agricole (par ex : culture de l'agave et transformation par distillation en mezcal, à Juchipila, au Mexique) et les infrastructures touristiques (par ex : petits hôtels dans le sud du Maroc).

Toutefois, les changements apportés par la migration peuvent aussi accentuer les inégalités économiques et sociales, en particulier lorsque les personnes pauvres ne peuvent pas migrer à cause des contrôles migratoires ou du coût élevé de la traversée illégale des frontières.

Les investisseurs migrants les plus dynamiques rencontrés au cours des voyages d'étude au Maroc et au Mexique semblent appartenir à des familles relativement nanties et instruites. Le propriétaire d'une distillerie d'eau de rose dans le sud du Maroc avait suivi une formation de chimiste au Maroc puis obtenu un diplôme de niveau plus élevé en France. Sur les trois entrepreneurs qui géraient des petits hôtels destinés aux touristes étrangers, deux avaient obtenu des diplômes de niveau supérieur au Maroc ; de surcroît, l'un d'entre eux était le fils d'un chef traditionnel.

Bien que la migration soit généralement favorable aux individus, aux familles et aux communautés concernées, son impact sur le développement et la croissance au niveau régional est bien plus contesté. Au cours des voyages d'étude, il a été observé que, selon le contexte général du développement, les impacts de la migration différent entre régions et au sein d'une même région. De manière encore plus importante, les voyages d'études ont permis d'observer que la migration tend à renforcer les tendances développementales préexistantes et qu'elle peut donc mettre en place des cercles vertueux (favorables) ou des cercles vicieux (défavorables) de migration-et-développement.

Par exemple, dans les régions relativement isolées et désavantagées, la migration risque d'accélérer le déclin de la population et de la production économique. Toutefois, dans ces situations, la migration est un symptôme, et non un facteur, de ce déclin.

L'isolement relatif des villages des régions montagneuses du Zacatecas, de même que de quelques oasis de petite taille et difficiles d'accès au sud du Maroc, les tient à l'écart des interactions économiques avec les régions plus centrales de leur pays respectif. Et le caractère limité des interactions économiques entrave à son tour le développement de ces régions. Les jeunes adultes quittent alors ces villages traditionnels à la recherche de nouvelles possibilités. La dépopulation qui en résulte peut créer des « villages fantômes », où seuls quelques foyers demeurent, parmi lesquels une poignée de jeunes familles avec des enfants.

Par contraste, les régions centrales et prospères sont plus susceptibles d'attirer les transferts de fonds et d'inciter les migrants à revenir au pays ; les migrants originaires d'autres régions du pays réinstallent parfois leur famille dans ces régions ; et les migrants savent que les investissements effectués dans ces régions seront probablement plus rentables que ceux effectués dans les régions rurales. Ces décisions peuvent stimuler la croissance, en particulier dans les centres urbains. Dans les régions rurales, les migrants préfèrent souvent investir et retourner dans des « villes-champignons » de migrants, accélérant ainsi les tendances actuelles à l'urbanisation.

Au cours des voyages d'étude, ces tendances ont pu être constatées dans deux centres urbains en pleine croissance : Jerez à Zacatecas (Mexique) et Tinghir dans la Vallée de Todgha (Maroc). Chacune de ces deux villes, accueillant une grande population d'émigrants, a bénéficié des investissements des migrants au cours des dernières décennies. Ces investissements ont stimulé le développement et la croissance économique, créant un facteur d'attraction pour les migrants internes originaires des régions avoisinantes.

Les activités et les types d'investissement des migrants peuvent évoluer alors que les migrants vieillissent ou que les conditions du pays d'origine évoluent.

Jusque dans les années 1990, au Maroc, la plupart des investissements portaient sur les terres, l'immobilier, l'éducation et les entreprises individuelles telles que les taxis et les épiceries. Plus récemment, les investissements commerciaux semblent s'être multipliés et concernent des projets touristiques, agricoles, manufacturiers et commerciaux. Pour les migrants, l'amélioration générale des conditions d'investissement et l'essor du tourisme font du Maroc un pays plus attractif en matière d'investissements.

Au Mexique, les migrants se lancent dans des projets entrepreneuriaux qui leur permettent de faire usage des compétences acquises aux États-Unis. Par exemple, les voyages d'étude ont permis d'observer que les migrants qui avaient travaillé dans le secteur agricole en Californie avaient introduit de nouvelles techniques dans les fermes de Zacatecas.

Le statut des migrants dans le pays de destination influence fortement leur inclination à investir. Les investisseurs migrants étaient souvent en situation régulière et employés, et bien intégrés socialement et économiquement avant de retourner au Mexique ou au Maroc.

En outre, le climat général de l'investissement dans le pays d'origine influence aussi profondément les décisions des migrants en matière d'investissement. En 2001, le Maroc a lancé son projet national « Vision 2010 » afin de stimuler les investissements dans le secteur du tourisme, avec pour objectif d'attirer 10 millions de touristes chaque année. En 2004, le nombre de touristes visitant le Maroc a dépassé les 5 millions pour la première fois. Qui plus est, les infrastructures touristiques du pays se sont considérablement améliorées.

Alors que le gouvernement marocain prévoit que des groupes internationaux tels que Thomas Cook et Club Med investissent dans l'industrie touristique du pays, des petits investisseurs privés, parmi lesquels des migrants, ont également saisi l'occasion d'investir dans ce secteur. Les programmes du gouvernement marocain en soutien à la modernisation de l'agriculture semblent également avoir attiré les investissements des migrants.

Transferts de fonds collectifs et associations de villages d'origine : succès et échecs

Depuis longtemps, les migrants originaires du même village ou de la même région établissent des associations de ville natale (AVN), qui permettent aux migrants d'investir collectivement dans des projets sur leur lieu d'origine, que ce soit la réparation d'une église ou la construction d'un puits.

De nombreuses AVN, soucieuses de défendre leur position dans leur pays et dans le pays de destination, s'organisent en réseaux afin d'étendre leur influence dans les négociations avec les politiciens de ces deux types de pays.

Les AVN de Marocains et de Mexicains ont apporté leur appui à des projets infrastructurels, éducatifs et sanitaires de petite échelle, afin d'améliorer le bien-être général des communautés locales. L'impact de ces initiatives sur la croissance économique locale est limité.

Dans d'autres cas, les AVN participent à des projets agricoles en établissant des coopératives, en construisant des infrastructures agricoles ou en soutenant les investissements commerciaux. Parmi ces projets se trouvent une usine de mezcal à Zacatecas, soutenue par le programme du gouvernement mexicain « Tres por uno » (« Trois pour un »), par le biais duquel le gouvernement mexicain investit trois dollars pour chaque dollar investi par une AVN, et une association franco-marocaine de migrants nommée Migration et Développement, qui a aidé à introduire la culture du safran dans le sud du Maroc.

Alors que l'usine de mezcal a principalement échoué pour ne pas avoir pris en compte la rude concurrence de producteurs de tequila déjà établis, le second projet a remporté un certain succès. Toutefois, rien n'indique que les initiatives même les plus prometteuses permettront de stimuler la croissance régionale.

Les AVN opèrent différemment au Maroc et au Mexique. Le réseau national des organisations locales mexicaines a démontré l'efficacité comparative de la promotion des intérêts des migrants et de la défense de leurs droits grâce au lobbying, leur donnant ainsi une voix aux États-Unis comme au Mexique.

Comme les AVN marocaines sont fragmentées et plurilingues, et que le taux d'alphabétisation et d'instruction est plus faible parmi les migrants marocains que les migrants mexicains, la capacité de lobbying de ces associations dans les pays de destination est plus limitée que celle des associations mexicaines aux États-Unis. Toutefois, les organisations de migrants marocains semblent attacher une importance plus prononcée au développement dans les régions d'origine que leurs homologues mexicaines.

Bien que les responsables politiques vantent les mérites des « transferts de fonds collectifs », les visites au Maroc et au Mexique, et les discussions avec les migrants, ont mis en lumière le caractère mitigé de leur succès et la portée limitée des initiatives collectives.

Premièrement, les projets visités et étudiés n'ont pas tous réussi — et certains mêmes ont échoué —pour de multiples raisons : aucune étude de faisabilité effectuée par les agences gouvernementales et aucun soutien technique apporté par celles-ci ; mauvaise exécution des activités ; faible degré de viabilité du projet ; conditions d'investissement défavorables ; ou difficulté à commercialiser les produits agricoles et industriels. Le pouvoir et les capacités des associations de migrants ne sont pas suffisamment étendus pour surmonter les problèmes économiques et compenser l'absence ou l'échec des politiques nationales de développement.

Deuxièmement, des projets philanthropiques ne semblent pas pouvoir entraîner le développement si les conditions générales de développement n'évoluent pas elles aussi. Les transferts de fonds privés, de famille à famille, sont bien plus importants, puisqu'ils peuvent améliorer le niveau de vie et stimuler les investissements et la croissance économique dans les régions émettrices de migrants.

Troisièmement, si trop d'importance est accordée aux transferts de fonds collectifs, les organisations de migrants craignaient que les migrants et leurs associations deviennent alors les principaux responsables du développement, et non plus les gouvernements. En effet, le travail des AVN peut aussi être considéré comme un symptôme de l'échec des états à fournir des infrastructures essentielles, des soins de santé accessibles et une éducation de qualité.

Quatrièmement, la plupart des migrants n'ont pas la volonté ou les capacités de devenir entrepreneurs ou « acteurs du développement ». Les choix effectués par les migrants en matière de dépenses ou d'investissements reflètent avant tout leur intérêt légitime à améliorer les conditions de vie de leur propre famille et, dans une moindre mesure, de leur communauté. Lorsque les projets des gouvernements ou des agences de développement mettent trop d'espoir dans les migrants et leurs associations et attendent beaucoup de ces derniers, le résultat le plus probable est l'échec.

Cinquièmement, les projets des migrants n'appuient pas forcément les initiatives qui sont les plus utiles aux communautés. Dans des contextes locaux hautement politisés, les activités caritatives et les projets (de prestige) tels qu'un nouvelle place, église ou mosquée viendront d'abord répondre aux besoins de l'élite locale, ce qui pourra creuser les inégalités plutôt que contribuer au développement local ou à la réduction de la pauvreté.

Par exemple, au cours du voyage d'étude mexicain, le groupe a visité une petite clinique dans un village qui n'en avait pas besoin puisqu'une ville voisine possédait déjà une clinique plus grande et publique. Dans la même veine, utiliser les fonds publics pour multiplier par deux les fonds apportés collectivement par des migrants afin de convertir la place d'un village en un centre commercial bétonné, couvert et avec parking, ne semble pas être une priorité pour une petite communauté rurale en déclin.

Certaines initiatives soutenues au Maroc peuvent être l'objet de semblables critiques. Par exemple, un petit hôtel a été rénové grâce à des fonds destinés au développement international mais, au bout de trois and, il n'avait mis en place aucune stratégie de marketing. Au contraire, le propriétaire, fils d'un ancien migrant, s'en remettait à l'organisation de migrants qui l'avait aidé pour trouver des clients pour ces cinq chambres d'hôtes.

Présence/absence de l'état

Le Mexique et le Maroc ont tous deux élaboré des stratégies pour encourager et cofinancer les initiatives de développement des migrants, mais leurs approches sont différentes.

Comme nous l'avons vu précédemment, le Mexique a mis en place un programme « Trois pour un » grâce auquel les autorités nationales, régionales et locales cofinancent directement les projets des migrants. Toutefois, ces initiatives ne s'inscrivent généralement dans aucune stratégie de développement plus large qui serait contrôlée par le gouvernement.

Au Maroc, le gouvernement finance des programmes de développement de plus grande portée afin de stimuler le secteur agricole et touristique, auxquels les migrants peuvent apporter leur contribution en faisant une demande de financement. Dans le cadre de politiques de « codéveloppement », certains états européens et certaines agences de développement européennes ont aidé à développer des projets mis sur pied par des AVN marocaines. Certaines AVN se sont appuyées sur le rôle qu'elles jouaient dans les projets de développement rural pour persuader le gouvernement que le développement est possible et que la responsabilité finale lui en revient.

Les voyages d'études et les études préliminaires ont révélé que le rôle des gouvernements dans les initiatives des migrants demeure ambigu, contesté et pas nécessairement souhaitable.

De nombreux migrants préfèrent en fait éviter toute participation de l'état afin de préserver leur autonomie. Pour les migrants, l'idée que les gouvernements devraient stimuler leur engagement leur paraît condescendante, puisqu'ils s'engagent d'eux-mêmes, et depuis des dizaines d'années, dans le développement.

La participation des gouvernements aux projets des AVN pourrait aussi avoir des conséquences non désirées : la dépendance envers les financements du gouvernement et, en conséquence, la perte de l'esprit d'entreprise. Le petit hôtel marocain mentionné précédemment est une illustration parfaite d'un investissement qui avait besoin de s'appuyer sur une organisation de migrants, et qui continue de s'en remettre à cette dernière. Sans la participation de cette organisation, l'hôtel ne serait pas rentable et son avenir serait incertain.

A Juchipila, au Mexique, l'impossibilité d'exploiter pleinement le potentiel commercial de l'usine de mezcal et de commercialiser efficacement le produit a provoqué une profonde déception. De plus, l'AVN a aujourd'hui perdu tout esprit d'entreprise.

Recadrer le débat

Les données recueillies au cours des voyages d'études suggèrent que:

  • Ce sont les besoins individuels et familiers légitimes qui suscitent principalement l'intérêt des migrants pour le développement. Les migrants ne portent qu'un intérêt secondaire à la promotion du développement de communautés et de régions entières.
  • Des conditions économiques et politiques défavorables aux niveaux local, régional et national rendent les projets d'investissement et de développement difficiles à élaborer et à mettre en œuvre, et mènent souvent à l'échec.

Comme le développement est une condition pour attirer les investissements générateurs de revenus des migrants, et non une conséquence de ces investissements, les responsables politiques seraient bien avisés de changer complètement leur perspective sur la migration et le développement. Plutôt que de demander aux migrants ce qu'ils peuvent faire pour appuyer le développement, les gouvernements feraient mieux d'identifier des moyens de créer des conditions d'investissement attrayantes pour les migrants.

Ceci implique d'intégrer les migrants aux efforts généraux de développement national plutôt que de les « confiner » à des politiques concernant spécifiquement « la migration et le développement », telles que le programme « Trois pour un » au Mexique.

L'approche marocaine représente peut-être un pas dans la bonne direction, puisque les associations de migrants peuvent faire une demande de financement provenant de fonds destinés au développement général, humain et national. Les investissements et les initiatives de développement des migrants au Maroc et au Mexique avaient des retombées plus favorables lorsqu'ils concernaient des secteurs en croissance et s'inscrivaient dans une stratégie plus générale de développement.

Toutefois, des évaluations indépendantes de ces projets seraient nécessaires puisque ni les gouvernements ni les AVN semblent disposés à parler ouvertement des projets qui ont échoué.

L'une des observations et hypothèses clés qui reste à explorer est l'idée que la migration pourrait peut-être avoir l'impact le plus décisif dans les régions « semi-périphériques », où les économies ne sont ni en essor, ni en déclin mais où elles présentent un potentiel de croissance certain. Dans ces régions, les transferts de fonds pourraient créer un cercle vertueux en stimulant l'économie régionale jusqu'à un point de basculement, après lequel la croissance accélérerait. Une étude comparative des villes et des régions dont la croissance est associée à la circulation et aux investissements des migrants pourraient fournir des informations importantes sur les conditions dans lesquelles la migration peut accélérer les processus développementaux.

Les politiques intégrant les migrants au processus de développement devraient aussi éviter de présumer que les migrants retourneront dans leur pays d'origine ou que ceux qui y retournent ont pour responsabilité d'y stimuler le développement. De plus, cibler uniquement les migrants en tant que bénéficiaires potentiels des financements du gouvernement exclut les non-migrants (souvent plus pauvres), qui ont peut-être, eux aussi, des idées innovantes.

Les pays de destination ont également un rôle important à jouer ici. Au cours de cette crise économique, les pays européens en particulier ont essayé d'encourager le retour des migrants. Mais lorsque les politiques de retour exigent des migrants de ne plus émigrer de nouveau, les pays de destination incitent en fait les migrants à s'installer, du moins de manière semi-permanente. Les politiques associant le retour au développement échouent généralement, précisément parce qu'elles cherchent à limiter les droits des migrants.

Alors que les migrants ont le potentiel de stimuler le développement dans leur pays d'origine, ils ne peuvent pas être rendus responsables de l'absence de développement et l'on ne peut pas non plus s'attendre d'eux qu'ils stimulent le développement lorsque le climat d'investissement est défavorable. En effet, les transferts de fonds et les investissements ne permettent pas, à eux seuls, de surmonter ou d'éliminer les contraintes culturelles. Comme la comparaison entre le Maroc et le Mexique l'a révélé, les états émetteurs et récepteurs jouent un rôle clé pour garantir que la migration ait un impact positif sur le développement.

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Transatlantic Dialogues on Migration and Development Issues

Fondation Hassan II pour les Marocains Résidents à l'Etranger

Immigration Développement Démocratie

Migrations et Développement

National Alliance of Latin American and Caribbean Communities

Migration and Development theme at the Deutsche Gesellschaft für Technische Zusammenarbeit (GTZ)

German Marshall Fund of the United States